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Pourquoi le temps semble passer plus vite en vieillissant ?
Une question que vous vous êtes probablement déjà posée. Une réponse un peu plus sérieuse que celle de votre beau-frère.
Enfant, un été durait une éternité.
Aujourd’hui, vous clignez des yeux, et c’est déjà Noël.
Le temps a-t-il accéléré ? Ou est-ce vous ?
La réponse courte
Avec l’âge, ce sont surtout les années vues avec recul qui semblent passer plus vite, beaucoup moins les heures vécues au présent. L’explication la plus solide tient à la mémoire : moins d’expériences nouvelles produisent moins de souvenirs distincts, et une période pauvre en souvenirs paraît plus courte quand on la regarde en arrière. La routine, la sensation de manquer de temps et l’attention que l’on porte au temps jouent aussi un rôle.
Deux horloges dans votre tête
Les chercheur·ses distinguent deux façons de percevoir le temps. Le temps vécu, celui que l’on ressent pendant qu’il passe : une attente chez le médecin, une heure de cours ennuyeuse. Et le temps remémoré, celui que l’on estime après coup en regardant en arrière : cette année, ces dix dernières années.
Les deux ne fonctionnent pas de la même façon, et c’est la clé du mystère.
Le paradoxe des vacances
Vous partez une semaine dans un pays inconnu. Sur place, les jours filent. Mais à votre retour, cette semaine vous semble avoir duré bien plus longtemps qu’une semaine de travail ordinaire. C’est ce que la journaliste scientifique Claudia Hammond a appelé le paradoxe des vacances.
L’explication : la nouveauté accélère le temps vécu, parce qu’on est absorbé·e, mais elle allonge le temps remémoré, parce qu’elle crée beaucoup de souvenirs distincts. À l’inverse, une semaine de routine passe lentement sur le moment, mais laisse si peu de traces qu’elle disparaît presque dans le souvenir.
La nouveauté, carburant de la mémoire
L’enfance et la jeunesse sont remplies de premières fois : premier jour d’école, premier voyage, premier amour. Chacune devient un repère dans la mémoire. Avec les années, les premières fois se raréfient, les journées se ressemblent, et le cerveau compresse ce qui se répète.
C’est d’ailleurs l’un des phénomènes les plus solides de la mémoire autobiographique : quand on demande à des adultes de raconter leur vie, ils citent beaucoup plus de souvenirs datant de l’adolescence et du début de l’âge adulte, une période riche en nouveautés et en construction de l’identité.
Et l’idée qu’une année représente une part plus petite de la vie ?
C’est l’explication la plus souvent citée : à 5 ans, une année représente un cinquième de votre vie, à 50 ans, un cinquantième. L’idée est séduisante, mais elle est peu soutenue par les données. Elle prédit par exemple que les jours et les semaines devraient aussi sembler plus courts avec l’âge, ce qui n’est pas vraiment le cas.
La sensation de manquer de temps semble en revanche jouer un rôle : les personnes qui se sentent pressées, à tout âge, ont plus souvent l’impression que le temps file.
Peut-on ralentir le temps ?
Pas l’horloge, mais votre souvenir du temps, sans doute. Introduire de la nouveauté, même modeste : un trajet différent, une activité inconnue, un lieu nouveau. Porter attention à ce que l’on vit plutôt que le traverser en pilote automatique. Des études suggèrent aussi que des exercices d’attention au moment présent allongent la durée perçue.
En somme, ce n’est pas le temps qui accélère. C’est notre mémoire qui, faute de nouveaux repères, plie les années.
Ce que la science en dit
Notre boussole : ce qui est établi, ce qui est supposé, ce qui reste débattu, et ce que l’on raconte un peu trop vite.
- Ce que l’on sait
Le temps remémoré semble surtout s’accélérer avec l’âge, beaucoup moins le temps vécu au présent.
- Ce que l’on suppose
La raréfaction des expériences nouvelles compresse les années dans la mémoire.
- Ce qui reste débattu
Le rôle exact de l’attention et du stress dans la vitesse ressentie du temps.
- Ce que l’on raconte trop vite
Le temps passe plus vite parce qu’une année est une part plus petite de notre vie.
Vos questions
Pourquoi le temps passe-t-il plus vite avec l’âge ?
Surtout parce que les années récentes contiennent moins d’expériences nouvelles et donc moins de souvenirs distincts. Vue avec recul, une période pauvre en repères paraît plus courte.
Qu’est-ce que le paradoxe des vacances ?
Une semaine de vacances riche en nouveautés passe vite sur le moment, mais semble longue dans le souvenir, parce qu’elle a créé beaucoup de souvenirs distincts.
Comment ralentir la perception du temps ?
En introduisant de la nouveauté dans son quotidien et en portant attention à ce que l’on vit, ce qui multiplie les repères dans la mémoire.
Sources
Les principales publications sur lesquelles s’appuie cet article.
- Wittmann, M., & Lehnhoff, S. (2005). Age effects in perception of time. Psychological Reports, 97(3), 921-935.
- Friedman, W. J., & Janssen, S. M. J. (2010). Aging and the speed of time. Acta Psychologica, 134(2), 130-141.
- Hammond, C. (2012). Time Warped: Unlocking the Mysteries of Time Perception. Canongate.
- Rubin, D. C., Wetzler, S. E., & Nebes, R. D. (1986). Autobiographical memory across the lifespan. In D. C. Rubin (Éd.), Autobiographical Memory (pp. 202-221). Cambridge University Press.
- Droit-Volet, S., Fanget, M., & Dambrun, M. (2015). Mindfulness meditation and relaxation training increases time sensitivity. Consciousness and Cognition, 31, 86-97.
- Block, R. A., & Zakay, D. (1997). Prospective and retrospective duration judgments: A meta-analytic review. Psychonomic Bulletin & Review, 4(2), 184-197.
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