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Pourquoi je ne me rappelle presque rien de mon enfance ?

Une question que vous vous êtes probablement déjà posée. Une réponse un peu plus sérieuse que celle de votre beau-frère.

Lecture 7 min29 octobre 2026Le Labo Neuroly

Vous avez 4 ans.

Vous avez une vie. Des émotions. Des gens que vous aimez. Des colères probablement très importantes concernant la couleur d’un verre.

Et pourtant, trente ans plus tard…

presque rien.

Où sont passés vos souvenirs ?

La réponse courte

C’est l’amnésie infantile, un phénomène universel. La plupart des adultes n’ont presque aucun souvenir d’avant 3 ou 4 ans, et des souvenirs rares et fragmentaires jusqu’à 6 ou 7 ans. Elle s’explique par la maturation progressive du cerveau, l’arrivée du langage, la construction d’un soi qui dure dans le temps et la manière dont on apprend, avec les autres, à raconter sa vie. Ce n’est pas un signe de refoulement : c’est la marque d’un cerveau en pleine construction.

Un phénomène universel, et ancien

Le terme d’amnésie infantile a été popularisé au début du XXe siècle. Depuis, des dizaines d’études menées sur plusieurs continents arrivent au même constat : en moyenne, le premier souvenir d’un adulte se situe autour de 3 ans et demi. Avant, presque rien. Entre 3 et 7 ans, quelques îlots.

Ce n’est donc pas votre mémoire qui serait défaillante. C’est le fonctionnement normal de la mémoire humaine.

Les enfants se souviennent… puis oublient

Le plus étonnant, c’est que les jeunes enfants ont des souvenirs. Une enfant de 3 ans peut raconter avec précision la visite au zoo de la semaine précédente. Une équipe de recherche a suivi des enfants dès 3 ans, en enregistrant les conversations où ils racontaient des événements vécus, puis les a réinterrogés des années plus tard.

Résultat : vers 5 à 7 ans, ils se souvenaient encore de la majorité de ces événements. Vers 8 ou 9 ans, d’environ un tiers seulement. L’oubli s’accélère donc pendant l’enfance elle-même. Les souvenirs ne sont pas absents dès le départ : ils s’effacent ou deviennent inaccessibles.

Un cerveau en chantier

Pour devenir durable, un souvenir d’épisode vécu a besoin de l’hippocampe, une structure profonde du cerveau, et de son dialogue avec le cortex, notamment préfrontal. Or ces régions et leurs connexions mûrissent pendant toute l’enfance.

Une piste étudiée chez l’animal est particulièrement intrigante : pendant les premières années, l’hippocampe fabrique énormément de nouveaux neurones. Cette intense réorganisation pourrait perturber les circuits qui stockaient les souvenirs les plus anciens. Chez la souris, ralentir cette production de neurones réduit l’oubli, et l’accélérer l’augmente. Chez l’humain, cela reste une hypothèse sérieuse, pas une certitude.

Des travaux récents en imagerie montrent par ailleurs que l’hippocampe des bébés est déjà capable d’encoder des souvenirs. La question devient alors : les souvenirs précoces sont-ils effacés, ou simplement devenus impossibles à retrouver ?

Les mots et les autres pour se raconter

Un souvenir autobiographique, ce n’est pas seulement une image. C’est une histoire : ce qui s’est passé, où, avec qui, et ce que cela signifie pour moi. Pour la construire, il faut du langage, et un sens de soi qui dure dans le temps. Les deux se développent progressivement entre 2 et 6 ans.

Les autres jouent un rôle essentiel. Les enfants dont les parents évoquent souvent avec eux les souvenirs partagés, en posant des questions et en enrichissant le récit, ont plus tard des souvenirs d’enfance plus précoces et plus détaillés. La culture compte aussi : plusieurs études montrent que l’âge moyen du premier souvenir varie selon les pays, en lien avec la place accordée au récit personnel.

Ce que la science en dit

Notre boussole : ce qui est établi, ce qui est supposé, ce qui reste débattu, et ce que l’on raconte un peu trop vite.

  • Ce que l’on sait

    L’amnésie infantile est universelle et l’oubli s’accélère pendant l’enfance.

  • Ce que l’on suppose

    La forte production de nouveaux neurones dans l’hippocampe contribue à l’oubli des souvenirs précoces.

  • Ce qui reste débattu

    Les souvenirs des premières années sont-ils effacés, ou seulement inaccessibles ?

  • Ce que l’on raconte trop vite

    Ne pas se souvenir de son enfance signifierait avoir refoulé un traumatisme.

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Vos questions

À quel âge remonte en général le premier souvenir ?

En moyenne autour de 3 ans et demi, avec de grandes variations individuelles et culturelles. Avant 2 ans, un souvenir est très probablement reconstruit à partir de photos ou de récits.

Un souvenir de mes 2 ans est-il forcément faux ?

Pas forcément inventé de toutes pièces, mais très probablement reconstruit. Il peut contenir des éléments vrais, issus de photos ou de récits familiaux, assemblés en une scène qui semble vécue.

Ne pas se souvenir de son enfance est-il le signe d’un traumatisme ?

Non, pas en soi. L’amnésie infantile concerne tout le monde. Ce n’est pas un indicateur de traumatisme.

Pour aller plus loinNeuroTraumaMémoire, traumatisme et système nerveux : comprendre pour mieux accompagner.

Sources

Les principales publications sur lesquelles s’appuie cet article.

  1. Akhtar, S., Justice, L. V., Morrison, C. M., & Conway, M. A. (2018). Fictional first memories. Psychological Science, 29(10), 1612-1619.
  2. Bauer, P. J., & Larkina, M. (2014). The onset of childhood amnesia in childhood: A prospective investigation of the course and determinants of forgetting of early-life events. Memory, 22(8), 907-924.
  3. Josselyn, S. A., & Frankland, P. W. (2012). Infantile amnesia: A neurogenic hypothesis. Learning & Memory, 19(9), 423-433.
  4. Akers, K. G., et al. (2014). Hippocampal neurogenesis regulates forgetting during adulthood and infancy. Science, 344(6184), 598-602.
  5. Nelson, K., & Fivush, R. (2004). The emergence of autobiographical memory: A social cultural developmental theory. Psychological Review, 111(2), 486-511.
  6. Wang, Q. (2001). Culture effects on adults’ earliest childhood recollection and self-description. Journal of Personality and Social Psychology, 81(2), 220-233.
  7. Yates, T. S., et al. (2025). Hippocampal encoding of memories in human infants. Science.